Un océan suspecté sous la surface d’Encelade
Les geysers d'Encelade photographiés en 2005 par Cassini. Crédit : NASA/JPL/SSI/Ciel et Espace
Les geysers d'Encelade seraient la preuve qu'un vaste océan d'eau liquide se cache sous la surface de ce satellite de Saturne. L'hypothèse d'un océan, souvent avancée par les astronomes, vient de recevoir un argument de poids grâce à une étude allemande publiée ce jeudi 25 juin dans la revue britannique Nature.En 2005, la sonde américaine Cassini, en orbite autour de Saturne, avait découvert sur Encelade d'immenses jets de vapeur d'eau et de particules de glace. Crachés depuis le pôle Sud du satellite, ces geysers s'étendent sur plusieurs centaines de kilomètres dans l'espace. En analysant les données récoltées par la sonde et en les confrontant à des expériences en laboratoire, les astronomes allemands affirment que ces jets de vapeur contiennent du sel, celui-là même que l'on trouve dans les océans sur Terre. En toute petite quantité puisque ce sel représente moins de 2% des grains de glace qui composent les geysers.
Mais, selon ces chercheurs, cela suffit pour dire qu'un océan salé existe sous la surface. En effet, seul le contact pendant plusieurs millions d'années d'un vaste réservoir d'eau liquide avec le plancher du satellite de Saturne - contact qui rend précisément l'eau salée - peut expliquer la présence de sel dans les geysers. Les quatre prochains survols d'Encelade par Cassini, prévus d'ici à 2010, devraient permettre de vérifier cette hypothèse.
Julien Bourdet, le 24 juin 2009 Le 26 juillet 2009 à 14h37
De l'eau liquide sur Encelade ? De plus en plus probable !Par Laurent Sacco, Futura-Sciences Europe
, satellite de Jupiter, ne serait pas le seul corps céleste extraterrestre dans le système solaire à posséder de l’eau liquide. Le bilan de l’analyse des panaches de particules de glace s’échappant par des fractures de la surface d’Encelade, une lune de Saturne, indique la présence d’ammoniac. Pour les cosmochimistes, c’est une indication forte que de l’eau liquide peut exister sur cette lune. La mission Cassini-Huygens continue d’accumuler les succès. On se souvient bien sûr des images spectaculaires apportées par la sonde européenne Huygens, montrant directement la surface de Titan. Le module Cassini continue à nous donner des renseignements sur les mondes du système saturnien.
La sonde avait permis de découvrir des panaches s’élevant au-dessus d’Encelade et s’échappant d’une zone de fractures anormalement chaude. Les spéculations sont allées bon train sur la présence d’un véritable océan d’eau liquide sous la surface glacée.
Plusieurs survols de ce satellite de Saturne ont été effectués et les ingénieurs de la Nasa se sont arrangés pour que Cassini traverse les panaches de vapeurs et de particules glacées afin d’utiliser le spectromètre de masse équipant la sonde. Cet instrument est capable d’analyser la nature chimique des ions, des atomes ou des molécules neutres présents dans le panache. Les opérations se sont déroulées entre juillet et octobre 2008. Le résultat des analyses vient d’être publié dans un article de Nature.
Plusieurs composés chimiques complexes, dont des molécules organiques, ont été trouvés. Pour les planétologues, l'élément le plus intéressant parmi eux est l’ammoniac (NH3).
Il fait froid, certes, mais avec un bon antigel... Mélangée à l’eau, en effet, cette substance (qui devient de l'ammoniaque, NH4+-OH-) se comporte... comme un antigel. L'eau peut alors rester liquide jusqu'à à une température de -97°C. Or, la zone de fracture d’où s’élève les panaches exhibent par endroits des températures de -93°C. On peut aisément imaginer que dans les profondeurs de la couche de glace recouvrant Encelade la température monte encore, peut-être à cause d’une activité volcanique.
Les planétologues spéculent depuis quelques années déjà aussi sur la présence d’une forte quantité de chaleur résiduelle dans les entrailles d’Encelade, soit à cause d’une grande richesse en éléments radioactifs laissés par sa formation soit à cause d’une orbite passée ayant soumis cette lune à des forces de marée importantes, comme c’est le cas actuellement pour Io, lune de Jupiter.
Toutes les conditions semblent donc réunies pour qu’un réservoir d’eau liquide existe bel et bien sous les fractures d’Encelade manifestant un cryovolcanisme.
Et pourquoi pas de la vie ? 
Les panaches de glace photographiés sur Encelade par la sonde Cassini. Crédit Nasa/JPL
Par Christophe Olry, Futura-Sciences
La sonde Cassini est déjà sur place depuis quinze mois, mais elle n'en finit pas de nous apporter des images étonnantes de Saturne et de ses lunes. Dernièrement, à la faveur d'un éclairage en contre-jour, elle a capturé des jets de particules et de vapeur éjectés du pôle sud d'Encelade.
Ces clichés témoignent d'une activité géologique sur cette lune, et confirment ce que les scientifiques suspectaient depuis le passage de Voyager : Encelade alimente en glace l'anneau E de Saturne.
Encelade, la lune glacée de SaturneOn y distingue des zones anciennes et cratérisées ainsi que ses "rayures du tigre"
(Crédits : NASA)

Cassini observe le panache d'Encelade
SourceLes images de Cassini montrent clairement de nombreux jets de particules issus du pôle sud d'Encelade, qui forment un panache s'élevant au moins à 186 kilomètres d'altitude. Au mois de Juillet, Cassini avait traversé ce panache et, à l'aide de ses instruments embarqués, en avait analysé la composition : de la vapeur d'eau et des particules de glace. Les chercheurs analysent en ce moment même les images d'Encelade prises au début de l'année par Cassini, pour y retrouver la trace de panaches similaires (au moment de prendre ces premiers clichés, la lune n'était pas en contre-jour), et cherchent l'origine de ces jets de particules. Pour l'heure, ils expliquent ce phénomène par une activité géologique importante au niveau du pôle sud d'Encelade, et suggèrent qu'ils émanent de geysers souterrains.
Andrew Ingersoll, Docteur à l'Institut technologique de Passadena en Californie, et membre de l'équipe, a déclaré à ce sujet : «
Je pense que ce que nous observons sont des particules de glace dans de la vapeur d'eau qui émane de cavités sous pression. Pour former ces particules et les emporter ainsi, la vapeur doit avoir une forte densité, ce qui implique des températures étonnamment chaudes pour un corps glacé comme Encelade.» L'équipe compare ces nouvelles images aux clichés fournis précédemment par la sonde Cassini, afin d'obtenir une image en trois dimensions de ce panache de glace et de vapeur. Ils espèrent également mieux comprendre les raisons d'une telle activité géologique sur Encelade.
Le Docteur Torrence Johnson, du JPL, a un début de réponse : «
Quelque part, Encelade est une gigantesque comète. Seulement, dans son cas, la source d'énergie des geysers pourrait être sa chaleur interne - due à la radioactivité et au phénomène de marée - plutôt que la lumière du soleil. » Enfin, ces nouveaux clichés vont dans le sens d'une alimentation en glace de l'anneau E de Saturne par Encelade, ce que les scientifiques pressentaient depuis le survol de Voyager. En tout cas, après la découverte du satellite Titan, sur lequel déferlent des pluies d'hydrocarbures (voir l'article Huygens : les secrets de l'atmosphère et des aérosols de Titan ), les observations de la « boule de glace » Encelade confirment l'intérêt du système de Saturne, mais surtout celui de la mission Huygens-Cassini...
La sonde Cassini-Huygens autour de Saturne
(Crédits : NASA)
L
es geysers sur Encelade : ils indiqueraient que la vie y serait possible !Par Laurent Sacco, Futura-Sciences Depuis la découverte par la sonde Cassini en 2005 d'un gigantesque panache de vapeur d'eau, de poussières et de cristaux de glace au dessus de son pôle sud et s'échappant d'un réseau de fractures, la lune de Saturne, Encelade, attire de plus en plus l'attention des planétologues et des exobiologistes ! 
Cassini surprenant le panache de vapeur d'eau et de cristaux de glace au dessus d'Encelade en 2005 (Crédit : NASA)
Avec Titan, et surtout Europe, elle pourrait nous révéler les clés de l'apparition de la Vie sur Terre et pourquoi pas, être un des lieux du système solaire où une vie extraterrestre pourrait être découverte. Dans tous les cas, sa petite taille, environ 500 km de diamètre, pose un problème auquel la française Julie Castillo et ses collègues du JPL tentent de répondre : quelles sont les sources de chaleur maintenant de l'eau liquide sur un si petit corps céleste ?
Le modèleEncelade est principalement composée de roches et de glace. Le seul moyen pour elle de posséder suffisamment d'énergie pour présenter l'activité dont elle témoigne semble être d'avoir été dotée, à sa naissance, d'un stock particulièrement important d'éléments radioactifs se désintégrant rapidement. L'aluminium 26 et un isotope du fer, tous deux à très courte durée de vie si on les compare à d‘autres de l'Uranium et du Thorium, sont d'excellents candidats.
Le cœur rocheux d'Encelade, plus important que celui de l'inactive Mimas, se serait alors rapidement échauffé en quelques millions d'années juste après la formation d'Encelade. Or, une partie de ce cœur serait entré en fusion, ce qui, sous l'effet des forces de marée de Saturne aurait facilité le chauffage interne d'Encelade de manière similaire à ce qui se passe actuellement sur Io. De plus, dans le passé, les calculs indiquent que l'orbite d'Encelade était différente, conduisant à des effets de marée plus importants.
C'est la combinaison de ces deux effets qui serait la clé de l'énigme ! Aucun des deux, seul ou sans cette synergie, ne pourrait expliquer la quantité d'énergie aujourd'hui stockée dans Encelade et maintenant sa surface toujours jeune et active, comme le montre le faible taux de cratérisation.
L'analyse partielle du panache par la sonde Cassini fournit des résultats particulièrement excitants. Bien que majoritairement composé de vapeur d'eau, on y trouve du méthane, de l'acétylène, du gaz carbonique du propane et même de l'azote. En relation avec une source de chaleur, et de l'eau liquide, c'est exactement la recette nécessaire pour avoir une soupe primordiale comparable à celle qui, sur Terre, a pu produire des acides aminés d'abord, et des protéines ensuite.
Il faut savoir que l'azote détecté ne semble pouvoir être produit qu'à partir de la décomposition de l'ammoniac, ce qui nécessite, d'ordinaire, une température d'au moins 577 degrés Celsius. Ce genre de température ne pouvait pas s'expliquer jusqu'ici sans le modèle aujourd'hui proposé. Un survol rapproché du panache est au programme pour Cassini en mars 2008.

Le réseau de failles souligné en fausse couleur bleue au pôle sud d'Encelade ( Crédit : NASA)
Contrairement à Europe, qui selon toute vraisemblance possède un Océan d'eau liquide recouvert d'une couche de glace de plusieurs dizaine de km d'épaisseurs, l'eau liquide et la vapeur s'échappant des geysers observés par Cassini implique que la banquise recouvrant Encelade ne doit guère être plus épaisse qu'un demi kilomètre. Si de la Vie existe sur une des lunes glacées du système solaire, c'est probablement ici qu'elle est la plus facile à trouver !
Il suffirait d'aller inspecter les failles d'une centaine de mètres de large, zébrant le pôle Sud et d'où s'échappent des geysers de vapeur formant le panache qui monte à près de 175 km de hauteur !

Mesure de la température de la surface d'Encelade par la sonde Cassini. On voit nettement que la source la plus chaude est localisée au niveau de la crevasse, située au centre de l'image (Crédits : NASA/JPL).
Schéma montrant la formation de poches d'eau liquide à cause d'un noyau rocheux maintenu chaud par les forces de marée et les éléments radio-actifs